Le prolongement de moi

Rencontres

Steve Catieau : « Libre à chacun d’interpréter et de mener sa propre réflexion sur l’amour qu’il porte à ses enfants ou qu’il a reçu enfant. »

Rencontre. Steve est l’auteur et le réalisateur du film. Le papa du « prolongement de moi ». Il s’exprime sur la genèse du projet et de son évolution. Avec franchise, il développe son point de vue et lève par la même occasion quelques mystères. Posons le stylo, et lisons !

Comment est né « le prolongement de moi » ?
Il y a un peu plus d’un an, j’ai commencé à raconter l’histoire d’une jeune mère qui éprouve un malaise affectif pour son fils. Je l’ai écrite sous la forme d’un scénario en l’imaginant en court-métrage. Très vite le postulat de ne pas montrer l’enfant est venu. Il est au cœur des discussions mais on ne le voit jamais. Helena est donc mère par son statut et par le regard que ses proches posent sur elle… Mais, à l’écran, c’est une mère sans enfant, en quelque sorte.

Une fois écrit, vous avez donc contacté des sociétés de production, le CNC ?
Non, j’ai lancé une campagne de dons via le site Ulule. (Rires) L’idée était d’obtenir suffisamment d’argent pour pouvoir tourner dans les meilleures conditions possibles tout en gardant une totale liberté sur le sujet. Je me suis entouré de personnes de confiance comme Yves Selier qui s’est occupé de toute la partie technique.

Vous aviez une vision précise de cette mère dès le départ ?
Oui et non. Oui au niveau du caractère. Je la voulais à la fois très affirmée, très en contrôle dans sa vie de tous les jours. Une parisienne qui travaille, qui semble bien dans sa peau, qui s’assume. En revanche, physiquement, je me suis laissé bercer par les rencontres. Je ne voulais pas qu’elle soit « plastique » pour que l’on puisse s’identifier à elle. Helena devait avoir du charme sans être superficielle. Il était important de trouver une comédienne qui puisse allier ces éléments et surtout dont le couple avec Fréderic Gorny (qui joue le père) devait être plausible. C’est d’ailleurs Frédéric qui me l’a présentée. J’ai de suite senti que leur couple pouvait fonctionner, qu’ils auraient pu s’aimer dans une autre vie. Lorène a un visage très modulable qui réagit bien à la lumière, en échangeant avec elle, j’ai su que l’on pouvait développer ensemble le personnage d’Helena.

Frédéric Gorny a-t-il été le premier à rejoindre le casting ?
Oui, dès qu’il a accepté le rôle d’Antoine, les choses ont commencé à se débloquer. Il a beaucoup apporté au projet. Par son regard, son expérience. Dans ce rôle, il est très diffèrent de ce qu’on a pu le voir à la télévision. Il est un père de famille rassurant, calme, un peu enfantin… La maturité lui va bien. Aujourd’hui, il fait vraiment parti de mon univers. Travailler avec lui est un vrai plaisir. J’aimerais lui écrire d’autres rôles et le faire jouer sur scène… Il a un vrai panel à exploiter.

Et le choix des comédiens s’est donc fait au fil des rencontres ?
Et des disponibilités de chacun. Je voulais absolument faire tourner Béatrice de Staël que j’avais adorée dans « la reine des pommes » de Valerie Donzelli. Je lui ai donc écrit ce personnage décalé de Frédérique F. Idem pour Marie-Catherine Conti. En la rencontrant quelques jours avant le tournage, j’ai eu envie de créer un nouveau personnage, celui de Claudia, cette femme qui ne regrette pas de ne pas avoir eu d’enfants. C’est l’avantage de ce genre de projet… Et puis il y a ma rencontre avec Dominique Frot que je n’oublierai jamais. Sa prestation dans le film est incroyable.

Aviez-vous réfléchi à la musique avant le tournage ?
J’avais sous estimé l’importance de la musique dans la trame narrative. C’est Eliot Just, l’ingénieur son qui n’a eu de cesse de me le rappeler, qui s’est occupé de mettre la musique sur les images. Et puis, nous avons la chance qu’Edward Barrow nous ouvre son répertoire. Nous avons sélectionné des morceaux de ces albums dont le dernier « The black Tree ». Son univers musical colle bien avec l’ambiance du film. C’est comme avec Elisa Point. Elle nous a offert un morceau, comme cela, sans condition. Et c’est d’autant plus fort car on a l’impression que cette chanson a été écrite pour le film. C’est aussi le seul moment où Helena exprime directement son désamour pour son fils… à travers la voix d’Elisa.

En lisant les différentes interviews sur le site, on a l’impression qu’il y a une vraie dynamique collective qui s’est tissée sur ce film.
Je vous le confirme. Et c’est rare. Il était important à mes yeux que chacun puisse se réaliser en toute liberté et apporter son regard, sa propre touche. C’est une aventure que l’on a vécue ensemble. Il y avait bien sur l’ambiance chaleureuse sur le tournage du film mais pas seulement. Tout au long des étapes du film, j’ai été très surpris par l’implication et les propositions de chacun. Et cette bienveillance qui ne nous a jamais quittés.

Qu’attendez-vous maintenant ?
Que « le prolongement » se prolonge ! C’est-à-dire qu’il puisse sortir de la sphère intimiste. Et je compte sur Internet pour relever le challenge. C’est pourquoi ce site existe et que le film est présenté sous forme de web-série. Bien entendu, nous le proposerons à des festivals. Nous sommes hors circuits traditionnels et médias, il est donc important que le spectateur soit un relais et qu’il diffuse la série par lui-même. Nous sommes tous acteurs dans ce projet… (Sourire)

Ne craignez-vous pas les critiques ou les réactions trop vives ?
Nous sommes sur un sujet sensible qui forcement interpelle le « moi » intérieur. Il questionne. J’espère que les spectateurs le recevront avec la bienveillance dont je vous ai parlé… Il ne s’agit pas de se poser en moralisateur ou de faire polémique mais simplement d’en parler et d’ouvrir notre champ de vision entre la norme, la réalité et les traditions. Libre à chacun d’interpréter et de mener sa propre réflexion sur l’amour qu’il porte à ses enfants ou qu’il a reçu enfant. Ce film n’est pas le portrait que d’une seule mère mais le portrait de différentes personnes qui expriment leur vision sur la parentalité. Pas de jugement, et de la bienveillance encore !

Cette histoire, est-elle autobiographique ?
Non. Je suis un auteur, j’invente des histoires.

Parallèlement à ce court-métrage, vous venez de sortir une pièce de théâtre qui se nomme « des mensonges blancs » (Société des écrivains). Pouvez-vous nous en parler ?
Il s’agit d’un dialogue entre un jeune homme et une infirmière. Ca se passe dans le nord de la France, dans une ville perdue au bord de la mer. Alice, quinquagénaire discrète et solitaire, travaille comme infirmière dans une maison de retraite. A quelques jours de Noël, elle surprend un mystérieux inconnu dans la chambre d’une pensionnaire qui est dans le coma. Se tisse alors une relation étrange entre ces deux personnages. Nous organisons actuellement des lectures c’est d’ailleurs Marie-Catherine Conti qui interprète Alice.

Enfin, si vous deviez leur désigner une couleur à vos comédiens, quelle serait-elle ?
Lorène Devienne : jaune, parce que solaire, dynamique, rayonnante.
Fréderic Gorny : vert, la couleur de l’espoir, du « go ». Il m’a beaucoup aidé. Je l’en remercie.
Marie France : rose, glamour, star, mais aussi douce sous les paillettes.
Gilles Guillain : gris pâle, comme un ciel d’automne. Mélancolique et doux.
Sandie Masson : bleu clair, comme la couleur de ses yeux et comme la mer qui vous emmène pour un voyage…
Olivier Nicklaus : un bleu jean. Indémodable.
Dominique Frot : rouge, la passion, la violence, l’amour. Le contraire de la tiédeur. Une belle personne.
Béatrice de Staël : noir, j’aime quand elle s’habille dans cette couleur…
Mireille Joffre : un beige crème. Douce et rassurante.
Jules Dousset : orange, il a un petit côté Belmondo. C’est un acteur physique, il a la capacité d’endosser des rôles dans des films d’action.
Marie-Catherine Conti : blanc, parce que chic, sobre et classe. Mais j’aurais pu dire noir aussi pour les mêmes raisons. Une comédienne trop rare.

Photo noir et blanc : Caroline Faugère
Photos avant-première du 7 novembre 2012

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