Le prolongement de moi

Rencontres

Olivier Nicklaus : « Je trouve le sujet passionnant, voire presque transgressif. »

Rencontre. Olivier Nicklaus interprète Ludovic, le meilleur ami d’Helena et parrain de son fils Gabriel. Vous allez le voir à plusieurs reprises notamment dans une scène culte au téléphone avec Marie France (qui joue Gema, la mère d’Helena). Olivier a plusieurs cordes à son arc. En plus d’être comédien, il est réalisateur et journaliste. Les fidèles de l’émission « La mode, la mode, la mode » sur Paris Première reconnaitront sa voix. C’est lui qui fait la revue de presse. L’entrevue c’est maintenant. Micro !

Pourquoi avoir accepté ce projet ?
J’ai avant tout accepté par amitié pour le réalisateur, Steve Catieau. Ensuite, j’ai été touché par son implication dans le projet, son pouvoir de conviction, l’énergie qu’il y mettait. Des tas de gens veulent écrire ou réaliser. Peu ont la volonté de passer à l’acte, alors qu’une fois que vous tâchez d’entrer dans le concret de la fabrication d’un tel projet, tout lutte contre. Mais Steve a toujours su garder intacte sa motivation. Enfin, je trouvais le sujet passionnant, voire presque transgressif. Qu’une mère puisse douter de son amour filial, ça existe, mais, encore aujourd’hui, ça reste tabou d’en parler. Ce projet participe de la dédiabolisation de cette réalité.

Ludovic est certainement le personnage le plus comique du film. Avez-vous tenté d’appuyer ce trait de caractère de votre personnage ?
Steve m’avait vu dans le rôle principal de mon court métrage Plan cul, où je jouais la majeure partie du film dans le registre de la comédie (avant un basculement final dans une note plus grave), et c’est clairement ça que Steve venait chercher en me prenant pour le rôle de Ludovic. Je revendique totalement ce registre, très jubilatoire. En outre, dans Le prolongement de moi, qui aborde un sujet assez lourd de façon plutôt grave, je trouvais intéressant qu’un des seconds rôles apporte un peu de sourire, ne serait-ce que pour mettre en relief le questionnement du personnage principal. C’est comme les plus belles chansons disco : la mélodie est légère, mais si on écoute les paroles, il y a de quoi fondre en larmes !

Quelles ont été vos propositions par rapport au texte initial ?
Le personnage était écrit de façon suffisamment précise pour qu’on comprenne bien la nature du lien amical que Ludovic a noué avec Helena. Ils ont une relation en apparence légère car ils se marrent beaucoup ensemble, mais au-delà de cet aspect un peu superficiel, il y a aussi une vraie complicité et ils osent se dire des choses qui font mal. Débarrassés de la séduction, il se surveillent avec bienveillance l’un-l’autre, mais ont aussi une capacité à se dire les choses de façon cash si besoin est. Mon souci était donc de faire sentir toutes ces nuances : la légèreté, la complicité, mais aussi une certaine brutalité dans la vérité quand besoin est. Ludovic n’a pas peur de poser les questions qui font mal, il fallait qu’on le sente. Et en même temps, qu’il peut tout de suite désamorcer en parlant d’autre chose avec légèreté. Concrètement, il fallait qu’on sente à quel point leur relation est tactile, complice, toute cette tendresse physique permettant par ailleurs la crudité de certains échanges.

Vous avez donné la réplique à Lorène Devienne et Marie-Catherine Conti. Pouvez-vous nous parler d’elles ?
Elles sont assez différentes. Marie-Catherine m’a bluffé à sa toute première prise. En quelques répliques, elle a pris le pouvoir, mis le plateau à l’amende avec l’intensité et la force de son jeu. C’était vraiment très impressionnant de voir ça. On sent la comédienne rôdée, très rassurante pour les metteurs en scène car elle est là, elle occupe totalement son personnage. Et c’est très agréable pour ses partenaires car elle vous entraine vraiment dans le jeu. J’ai adoré la scène que nous avons tourné ensemble pour ça. J’y étais complètement. Le cas de Lorène est complètement différent : sur le coup, au tournage, on aurait pu croire son jeu un peu moins intense. Et puis, en voyant le résultat final, j’ai été bluffé car elle arrive à incarner avec beaucoup de justesse les affres d’Helena sur son éventuel défaut d’instinct maternel. Ce n’est pas évident à jouer : ça pourrait être ingrat, dérangeant, on pourrait rejeter ce personnage. Or l’interprétation de Lorène nous permet au contraire d’être absolument de son côté, et de souffrir avec elle de ce doute. Dans la scène onirique de la fin, elle m’a carrément donné des frissons.

Votre actualité dans les prochains mois ?
J’ai réalisé une série documentaire qui s’appelle “Fashion !” : elle a été diffusée sur Arte et elle vient de sortir en dvd.

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