Le prolongement de moi

Rencontres

Marie-Catherine Conti : « Les conformismes changent, l’image de la femme n’est plus uniquement réduite à la maternité. »

Rencontre. Marie-Catherine Conti est Claudia, « papillon de nuit », mystérieuse personne qui vient troubler la soirée d’Helena et de Ludovic. Rôle court mais intense et stratégique qui, on le sait, a été ajouté à quelques jours du tournage par la rencontre de la comédienne et du réalisateur. Ce dernier définit ce personnage comme le pendant d’Helena quelques années plus tard si elle n’avait pas eu son fils Gabriel. Marie-Catherine évoque son personnage et l’auteur. Attention rideau !

Qui est Claudia, selon vous ?
Une femme sans illusions. « J’ai lu tous les livres et la chair est triste » pourrait être sa devise. Manipulatrice, provocatrice. Elle se nourrit des autres, de leur histoire, espérant un drame pour réveiller son ennui, échapper au radotage de la vie. Peut-être une idéaliste déçue ?

Avez-vous travaillé l’apparence de Claudia ?
C’est le metteur en scène qui imagine le personnage, le « voit » et décide de son apparence. L’acteur, lui, s’habille avec les mots, les intentions de l’auteur ; c’est surtout par son jeu, sa gestuelle qu’il dessine le personnage. Mais, bien sûr, parler avec le metteur en scène du costume, des accessoires est toujours fructueux ! Pour Claudia, Steve tenait beaucoup à une bague bleue, je me suis immédiatement racontée l’histoire de cette bague…

Claudia revendique haut et fort d’être heureuse de ne pas avoir eu d’enfant. C’est encore rare dans notre société qu’une femme s’exprime aussi librement, non ?
De moins en moins rare car les femmes ont compris qu’elles pouvaient être des femmes à part entière sans passer par la maternité. Les conformismes changent, l’image de la femme n’est plus uniquement réduite à la maternité. Elles peuvent se réaliser et exister autrement.

Pourquoi avoir accepté cette aventure ?
C’est avant tout l’histoire d’une rencontre avec le réalisateur.

Justement, on peut vous voir dans des lectures « des mensonges blancs », pièce écrite par le réalisateur. Parlez-nous de ce projet ?
Un personnage totalement différent de Claudia… quoique… Une femme qui a eu une vie d’oiseau de nuit, elle aussi. Mais la comparaison s’arrête là. Alice se détruisait à petit feu et elle n’avait de cynisme que pour elle-même. La situation : un jeune homme arrive à la maison de retraite d’une petite bourgade perdue au bord de la mer du Nord où Alice est infirmière. Deux secrets se confrontent…

Comment définiriez-vous les personnages de Steve Catieau ?
Péché, faute, culpabilité, rédemption sont les thèmes qui courent dans les romans, pièce de théâtre ou films de Steve. Il y a deux façons de répondre aux blessures pour les personnages de Steve, le cynisme et la cruauté ou l’empathie et le pardon. C’est, pour moi, un auteur « moral » comme l’a été André Gide et c’est suffisamment rare aujourd’hui pour être remarqué et original.

Il se murmure que Steve Catieau est en train d’écrire une suite au personnage de Claudia. Vous confirmez ?
Je confirme que la rencontre entre Steve et moi-même nous donne envie de poursuivre notre compagnonnage… Et les personnages qui appartiennent à l’univers de l’auteur continuent à vivre sous d’autres formes et dans d’autres aventures. Et les personnages qu’un acteur a joué continue de vivre en lui.

Photo noir et blanc : Angel de Munter

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