Le prolongement de moi

Chroniques

Si, moi !

La télé, la radio nous inondent tous les jours avec ça. Vous voulez un gosse ? Y’a qu’à demander (et payer). Quel que soit votre âge, votre statut, votre orientation sexuelle. Célibataire endurci, stérile malgré tous les traitements, en couple non hétéro ? Ce n’est plus un problème. Moyennant quelques arrangements, la PMA vous tend les bras. En quelques clics vous pouvez choisir le père ou la mère de vos rêves. Disons qu’en France ce n’est pas encore entré dans les mœurs, mais ce n’est qu’une question de mois, aux Etats-Unis, il y a longtemps qu’on sait faire son marché. Ca s’appelle le progrès. Moi, je suis largué dans toutes ces histoires-là.

Retour à la case-départ si vous le voulez bien. Mes parents m’ont fabriqué un jour de printemps, selon les bonnes vieilles méthodes traditionnelles. Donc, un jour, je suis apparu à l’air libre. J’étais là, braillant et plein de vie. C’était une évidence pour tout le monde. Sauf pour moi. J’ai beau avoir passé les 36 ans, j’ai toujours la conviction que mes parents ont choisi à ma place, et je ne leur pardonne pas de m’avoir imposé leur choix. Non, non je ne suis pas autiste, j’ai un physique acceptable, je suis raisonnablement sociable, et socialement inséré. Mais je me sens perpétuellement dans la peau d’un étranger. Comme disent les Anglais, avec leur humour inimitable : « la vie m’apparaît comme une succession de catastrophes entrecoupée d’ennui ». Donc je suis là, à gérer mes catastrophes et me protéger de l’ennui. Et je n’ai toujours pas trouvé la formule magique qui me permettrait de faire mieux et au train où ça va…

De plus en plus, je me dis que mes chers parents, vous savez, ceux qui m’ont donné la vie, auraient mieux fait de réfléchir un peu plus avant de lancer le programme. Ou de cliquer sur la case annulation. Mais ce qui me désespère le plus, c’est de voir qu’à l’heure actuelle, d’autres, plus jeunes et théoriquement bien informés, perpétuent la même erreur et décident de donner la vie -pardon, d’imposer la vie – à un petit tas de cellules qui un jour deviendra grand, et lui-même se croira obligé à son tour de fabriquer le suivant. Quelqu’un aura-t-il le courage d’arrêter la mécanique reproductrice, quelqu’un aura-t-il la franchise d’avouer que ça ne sert à rien, et que la planète est déjà surpeuplée ? Personnellement, je n’en connais pas. Ah, si… moi !

A suivre…

Hermine Dorlèac

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