Le prolongement de moi

Chroniques

Qui suis-je ?

Qui suis-je ? OK, la question est bateau, tout le monde se la pose un jour à l’autre, tout en sachant pertinemment qu’il n’y a pas de réponse. Mais pour moi (si vous voulez bien me consacrer quelques instants, merci de votre patience…), la question n’a rien de banal. Elle s’impose tous les jours, dans les grandes et petites choses qui font ma vie. Les petites surtout, celles auxquelles on se cogne tous les jours et qu’on voudrait tellement éviter : sortir ses clés, dire bonjour au voisin (dont on se fout), dire bonjour aux collègues (qui ricanent dans votre dos), écouter les infos (bruit de fond perpétuel), manger à heures fixes (même quand on n’a pas faim), s’habiller (comme tout le monde), faire la queue (mais pourquoi ils sont tous là en même temps ?), attendre aux feux rouges (pourquoi ils sont toujours rouges ?).

Bon, et moi là-dedans, qu’est-ce que je fais ? C’est comme ça depuis le début, autant que je me rappelle. Je n’ai jamais rien choisi, on m’a toujours poussé. A marcher, à dire merci, à faire mes devoirs, à faire du sport, à chercher un boulot. Et moi, bien con, je me suis toujours laissé faire. Total : j’ai un CDD, une piaule au 6ème, et, luxe suprême, je vais pour la première fois de ma vie faire ma déclaration d’impôts (« un acte important de la vie citoyenne », comme ils disent sur internet). Je suis et reste célibataire contre vents et marées (impossible de nouer une relation stable, d’ailleurs pourquoi fonder une famille dans une société en panne ?).

Mon père est toujours à me faire la morale : dans la vie, si on veut s’en sortir, il faut vouloir. Vouloir, mais vouloir quoi ? Il n’a qu’à se regarder, lui, avec sa petite vie de fonctionnaire, ses vacances d’aoûtien, et la conversation de ma mère matin et soir (pour remonter le niveau, y’a pas mieux : c’est toujours trop cher, fallait pas y aller, je te l’avais bien dit, ça va nous retomber dessus, et rebelote). Je ne suis même pas sûr qu’il ait vu mon regard consterné quand j’ai ouvert son cadeau d’anniversaire : l’intégrale de Jean-Jacques Goldman… Non, mon géniteur n’a pas encore compris que je déteste la variété française. Je crois même qu’il n’a pas encore compris que je suis là. Si c’est ça la famille, merci !

A suivre…

Hermine Dorléac

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