Le prolongement de moi

Chroniques

Maman/fille

Avec leur feuilleton à rebondissements, les Bettencourt, mère et fille, ont exposé sur la scène publique une problématique privée en fait très répandue. On pourrait même affirmer que, dans ce passage qui lie une génération à l’autre, rares sont les familles épargnées par les heurts ou les incompréhensions. Revue de détail.

A quoi pense la jeune mère quand elle tient sa petite fille entre ses bras ? La voudrait-elle différente ou au contraire semblable à elle-même ? Imagine-t-elle qu’un jour ce petit être va se détacher d’elle et devenir adulte ?

On affirme souvent que la mère se transpose dans sa progéniture. Elle transmet. Mais quoi au juste ? Ses complexes, ses rondeurs, sa mauvaise humeur, ses allergies ? Bon, soyons sérieux : elle va chercher le plus souvent à prolonger sa personnalité, ses acquis, sa religion, son goût du sport, son altruisme. C’est vrai. Toute jeune fille, toute femme, cherchant à analyser sa relation avec sa mère, peut le vérifier aisément. Mais il faut tenir compte aussi de ce qu’on transmet sans en avoir réellement conscience, pour ainsi dire à son corps défendant : en clair son histoire. Car maman a d’abord été la petite fille d’une autre maman, qui l’a élevée, punie, cajolée, encouragée en fonction de ses propres désirs, des pressions de la famille et des normes d’éducation de son époque (eh oui, nous sommes tous liés à notre époque comme l’araignée à sa toile). Par la suite, tout cela va être fondu, amalgamé, mais les briques de construction sont bien là, prêtes à passer le cas échéant à la génération suivante. Ainsi une éducation sévère va façonner une personne un peu rigide, rigidité qui a des chances de se perpétuer chez la descendante…

Transmission donc. Mais faculté d’anticipation aussi. Comment la mère voit-elle l’avenir de sa fille ? Lui souhaite-t-elle tout le bien possible ? Oui, sans doute. Mais la vie est pleine de cachettes et d’imprévus, et nous évoluons. Un jour, tout simplement en voyant sa fille grandir, et devenir femme elle-même, maman va prendre un coup de vieux. Voire piquer secrètement des crises de jalousie face à cette rivale qui ne dit pas son nom. Ce coup-là, elle ne l’avait pas vraiment prévu. Bien pire, les règles du jeu vont s’inverser. La fille désormais a son propre réseau de copains-copines, elle se débrouille toute seule, n’a plus besoin de conseils ni d’encouragements. Et maman, hier encore toute-puissante, bascule dans la ringardise.

La relation mère-fille est abordée dans « le prolongement de moi » à travers la fête d’anniversaire de Gabriel, fils d’Helena. Comme chaque année, un gouter est organisé chez Gema, grand-mère du petit garçon de 7 ans. Mère-fille se donnent la réplique afin de tout bien préparer… Où sont les bougies ? Le gâteau est-il bon ? Toutes ces questions cachent bien entendu un malaise… Derrière ces gestes et ces regards que veulent dire les non-dits ? Derrière cette apparente convivialité que ressente ces deux femmes ?

A suivre…

Hermine Dorléac

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